Faire mieux que la fois passée.

______2h06.______Je voulais faire mieux que la fois passée, mieux que lors de mon premier demi-marathon, là-bas où l'air est frais et l'odeur de varech tenace. Là-bas où j'ai osé me lancer le plus de défis. Partir seule en était un. Courir un semi-marathon, distance phare pour acquérir cette pseudo-crédibilité que je cherchais en tant que coureur.
______Un temps de référence et une distance que j'adore pour signer un retour sérieux à l'entraînement. 

______J'ai donc couru le demi-marathon Saint-Malo - Cancale et je vous partageais vaguement mes craintes à ce sujet dans un précédent article._____11h56 de bonheur sous la pluie.


_____11h56 pour un demi-marathon avec un dénivelé positif de 200m et une reprise de la course au mois de juin. Mes tendons n'ont pas tellement apprécié que je grille autant d'étapes dans ma progression mais mon ego a apprécié. Et puis quinze jours ont suffit à ce que je sois de nouveau sur les sentiers... Alors, pari réussi ?

_____1Si je parle comme une personne très orgueilleuse tout à coup c'est pour laisser paraître ce qu'il y a de grisant dans la course à pied, cette fierté que l'on peut avoir à finir une course, à se lancer des défis, à se dire « et ouais, je suis capable de ça ». Il n'y a pas de honte à être fière de soi. 

_____1J'aime la course à pied et je finis souvent mes sorties en me disant que, « wahou, j'ai fait une des choses que j'aime le plus au monde faire ». Et pour autant quelque part je cours après mon ego. C'est sûrement moins vrai aujourd'hui mais il y a quelque chose de cet ordre dans cette manière qu'on de mettre un pied devant l'autre, le sourire aux lèvres.

_____11h56 donc, c'est le temps que j'ai mis pour boucler mon demi-marathon. Le temps est passé si vite que j'ai bien peu de choses à dire de plus. J'ai couru derrière de petits groupes pour me protéger du vent, malin. Et puis prise à mon propre jeu une de ces personnes s'est dit que si je voulais suivre, j'allais devoir accélérer. Et il m'a emmené jusqu'à l'arrivée à des allures que je n'aurais jamais pensé tenir passé 15km dans les jambes. J'ai grimpé les côtes en chanson, parce que j'avais pris le parti de prendre avec moi ma playlist running, la-même que lorsque j'ai commencé à courir à Cherbourg il y a cinq ans. 


Et puis, à l'arrivée, j'ai crié de rage
 et surtout j'ai faillit pleurer d'émotion
 parce que j'étais fière de moi, de cette revanche
 et de ce que mes jambes me permettent de faire. 

Deux ans plus tard

Deux ans après mon premier semi-marathon, j'ai choisi la date du 3 septembre 2017 pour remettre un dossard sur cette distance que j'apprécie. Le paradoxe est bien là, j'aime cette distance, mais la route m'ennuie, me met un peu la pression aussi.

Courir après la montre, ça n'est pas nécessairement mon truc, mais une fois de temps en temps, je me dis que ça doit au moins permettre de remettre l'église au centre du village comme disait l'autre...

J'ai donc jeté mon dévolu sur le semi marathon Saint-Malo - Cancale. Le profil de course est un peu particulier puisqu'il semble bien que... ça monte ! D'abord paniquée, j'ai fini par relativiser. Sur le semi-marathon de Rimouski qui faisait un aller-retour le long du Saint-Laurent, je m'étais fortement ennuyée. Je crois même que c'est le peu de relief et la redondance du parcours qui m'avait été le plus pénible.

Alors en deux ans qu'est-ce qui a changé ?

J'ai appris à connaître mes allures de course, ce qui peut s'avérer salvateur  pour une course sur route... J'ai bien souvenir qu'à Rimouski on m'avait prêté une montre, mais j'ai compris comment lire mes allures à mi parcours, après m'être déjà grillée en étant partie trop vite !

Mais...

Je suis aussi rentrée du Québec. Et si je quittais Rimouski avec des semaines à 30/35km de course à pied, il m'a été très difficile à mon retour de maintenir le rythme. D'autant qu'en octobre nous avons adopté Maestro et que cette petite boule a monopolisé l'attention et l’énergie. Je dois bien avouer que les sorties quotidiennes du minus et le plaisir que j'ai pu prendre à le voir grandir, j'ai un peu mis la course à pied entre parenthèse jusqu'à ses 6/7 mois, moment où j'ai pu commencer à l'emmener courir en libre, sur un ou deux kilomètres d'abord. C'était une belle façon de finir mes sorties et j'ai retrouvé la motivation !

Je me suis fixée un seul objectif, faire mieux que la fois passée et mesurer la progression en deux ans de course à pied.


L'aventure continue

______Quand j'ai commencé le canicross, j'avais dix-huit ans. J'ai chaussé mes baskets pour l'amour de Béring plus que pour celui de la course à pied. A vrai dire, je n'aimais pas du tout courir. Il me fallait porter ma surcharge pondérale et le poids d'années de paresse sportive. Mais j'y suis allée, une première fois, sur le sentier des douaniers. C'était sûrement l'été, à la fraiche, j'ai chaussé mes baskets et j'ai emmené la bête se dégourdir les pattes. J'ai peiné, mais j'ai compris que le cours de mon histoire personnelle était déjà en train de changer.

______J'ai rejoins les canimordus peu de temps après, parce que le hasard a voulu me mettre sur la route d'une bonne âme qui m'a aiguillé vers eux. Lors de notre première sortie, je suis tombée, parce que je suis maladroite et qu'à l'époque j'étais bien moins à l'aise que Béring pour courir. A la fin, j'ai signé parce que c'était super chouette de canicrosser en groupe. 

______Les kilos se sont envolés un à un. Après quelques mois, j'allais même courir toute seule la semaine. Ma complicité avec Béring a grandit et nous avons pu prendre le départ de différents canicross. 




______Plus tard, Béring a vieillit. Il n'a plus été possible de courir jusqu'à 50km par semaine avec lui. Dès ses huit ans on a commencé à parler de retraite, plus par convention qu'au vue de sa forme physique, parce que "vous savez, il n'est pas tout jeune..." Et aujourd'hui, mon gros loulou a onze ans et il m'arrive encore de le faire courir deux ou trois kilomètres attelés quand il voudrait en faire encore plus. Il ne tracte plus comme avant, si ce n'est sur le premier kilomètre, mais il m'épate toujours autant. Et puis maintenant, dans ses pattes, il y a la terreur de Maestro qui a du mal à se concentrer en course. Il est en libre, à côté de Béring, et trotte sur le rythme que le doyen lui impose. Les deux sont reliés, Maestro par un harnais, une longe et une neckline invisible. 





______Nous voilà cinq ans après le début de cette belle histoire. Je cours la majeure partie du temps seule, depuis deux ans. J'ai couru un trail de 27km, je suis partie au Québec parce que Béring m'a ouvert de nouveaux horizons, m'a donné le goût des grands espaces. J'ai été bénévole aux championnats du monde d'attelage canin sur terre battue, dans le Pontiac, l'occasion d'un beau voyage de 800km. J'ai aussi passé une partie de l'hiver québécois auprès des chiens de traineau, pour guider les touristes.
Alors le canicross, c'est courir derrière son chien, mais pas que.






S'entraîner en hiver

Banquise à marée basse
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___Cet hiver, le blog a comme qui dirait hiberné. Heureusement, ce n'est presque pas mon cas puisque j'ai pu profité des joies de la saison pour apprendre à faire du ski de fond, à tester mon mental pour sortir courir par -25 et dans la neige...

____J'appréhendais quelque peu que l'hiver québécois n'entame trop ma forme physique. Et puis, et puis... je me suis adaptée et j'ai compris que la neige et le froid n'étaient que de mauvaises excuses dont je ne pourrai me satisfaire!

Rivière Rimouski dans la glace

____Je suis revenue à Rimouski à la mi-janvier, et si la fin de l'automne avait mis à mal mes séances de courses à pied, à l'occasion de mon retour au pays j'ai été piquée dans mon orgueil quand j'ai constaté que je n'étais pas loi d'avoir régressé. Je me suis alors mis en tête de progresser malgré l'hiver québécois qui est rude à Rimouski. Alors on chausse les baskets pour faire de la vitesse à défaut de faire du volume, et quand la nuit tombe à 17 heures on sort les frontales pour profiter de la lumière rouge dans laquelle baigne la forêt enneigée.



____J'ai appris à multiplier les séances de cinq kilomètres, notamment sur tapis, en travaillant différentes allures. Mais le kilométrage a tardé à augmenter. Et puis petit à petit le soleil se couche plus tard, le printemps hésite à s'installer, nous laisse une neige épaisse et collante sous les pieds, on prend son courage à deux mains et on inverse la tendance : on va respirer l'air Rimouskois plutôt que celui, puant, de la salle.

____Les sorties passées loin du chrono, à forcer sur les mollets et à marcher dans presque un mètre de neige, celles passées à éviter de se blesser sur les mares de glaces, s'avèreraient-elles payantes à la fin de l'hiver ? Voilà le printemps qui arrive et qui semble même vouloir s'installer, la glace est granuleuse, les chaussures accrochent et le cœur y est. Les kilomètres défilent et voilà que de cinq kilomètres on passe à quinze, puis aux trente-cinq hebdomadaires. C'est reparti et, semble-t-il, mieux que jamais !



Et les premiers objectifs de l'année qui se dessinent... 





Si c'est pas le paradis, ça en a au moins le nom

La forêt en hiver

Couché de soleil sur la banquise 


Home again

___Bouffée d'oxygène dans neuf mois d'expatriations formidables, j'ai passé les fêtes en Normandie, avec mes proches. Si je me plais à Rimouski au point de dire que je m'y sens chez moi, il manquera toujours ceux que j'aime pour profiter pleinement de ce petit bonheur. L'expatriation est une occasion formidable pour se découvrir à travers l'autre, l'exotisme d'un pays dont il faut apprendre les codes et la meilleure des façons pour aiguiser son sens critique. 

___C'est bon de partir parce que ça donne l'occasion de revenir et de savourer d'autant plus les moments partagés avec nos proches.
___Une petite série de photos sur laquelle Béring occupe pas mal de place...










Puisqu'il faut repartir...

Défibrose Rimouski-Montréal

___Quand je suis arrivée à Rimouski, Cédric a été l'une des premières personnes que j'ai rencontré. Pour qui pourquoi? Par la magie des réseaux sociaux qui bien utilisés sont une merveille. Cédric est un runner, un trailers, un marathonien, enfin il court! Et c'est à l'occasion d'une sortie aux aurores que j'ai partagé avec lui que nous avons fait connaissances. 
___En plus d'être un coureur formidable, Cédric et sa femme Audrey sont parents de trois enfants. Si j'ai à coeur de partager leur histoire c'est qu'elle me touche et qu'elle touche tout le monde. Et puisqu'il en parle mieux que moi, je vous laisse lire quelques lignes qu'il a bien voulu écrire pour le blog afin de présenter son défi et son combat.
___Cédric va relever le défi de courir l'équivalent de quatorze marathons en quinze jours. L'exploit sportif est remarquable et la dimension humaine au coeur du défi puisque c'est l'occasion d'une levée de fond et d'une campagne d'information pour la mucoviscidose dont deux des enfants de Cédric et Audrey sont atteints. 
Même pas peur de s'entraîner en hiver!
___Je me présente Cédric Bouillon, je suis père de trois enfants en pleine santé en apparence. Au mois de février 2015 nous avons eu une nouvelle qui a bouleversé notre quotidien. Une nouvelle à laquelle une famille avec trois enfants en santé ne s'attend pas, 2 de nos enfants sont atteint de fibrose kystique (mucoviscidose).
 ___La fibrose kystique est une maladie dégénérative mortelle et l'espérance de vie est de 50,9 ans en 2015, une nette amélioration comparativement aux 4 années des années 60. Reste que cette maladie affecte  70 000 enfants et adultes dans le monde. Ici au Québec 1 personne sur 20 est porteur du gêne déficient. Nous sommes un des endroits dans le monde où il y en a le plus car une des causes de cette maladie génétique est la consanguinité. Or,  le Québec a été peuplé par des membres de mêmes familles, on comprend pourquoi alors haha!

___Pour revenir à nos moutons lorsque nous avons appris la nouvelle ce fut une onde de choc, du jour au lendemain tu crois avoir des enfants en pleine santé et pouf! Le lendemain tu en as deux qui sont malade et en plus il n'y a pas de remède. C'est difficile à accepter et à digérer. Ma conjointe a dû cesser le travail pour avoir plus de temps en famille car les traitements sont
assez exigeant dans le temps en plus de la routine habituelle.Pour donner un exemple Arnaud et Bastien ont 20 minutes de ''clapping'' matin et soir, en plus de la prise des vitamines et médicaments. Tous les jours de la semaine ils doivent aussi faire un traitement de nébulisation qui dure 25 minutes pour éliminer une bactérie récurrente nommée Pseudomonas.  
Jean-Christophe, Arnaud, Audrey, Bastien et Cédric
___Suite à l'annonce et au début de l'acceptation vient le désir d'aider ou de sensibiliser les gens à cette maladie en l'expliquant. Pour ma part j'ai voulu aider par un moyen naturel qui représente en même temps le sport numéro un pour un enfant atteint de fibrose kystique, la course à pied!
___Je cours depuis plusieurs années et je voulais faire ma part pour amasser des dons pour la
recherche, donc il m'est venu l'idée de faire un défi de course à pied, un défi qui se nomme ''Défibrose Rimouski-Montréal''. Donc ça consiste en quoi? C'est simple 600 kilomètres à la course de Rimouski à Montréal. Mais bon ok, c'est simple à dire mais ce ne sera pas simple à faire! Le tout se déroulera du 15 au 29 mai 2016 donc un marathon par jour pendant 14 jours sur une durée totale de 15 jours, je m'offre le luxe de prendre une journée de repos et de thérapie. 
___Pourquoi cette distance? Je veux créer un buzz autour de l'évènement, je veux que l'on en parle puisque c'est ainsi que je pourrai sensibiliser le plus de gens possible à cette maladie orpheline. J'invite aussi les gens à venir me rejoindre tout au long du parcours pour faire un petit bout de chemin, à leur guise. Cette aventure se vivera avec ma famille qui va me suivre avec une roulotte, c'est exactement de cette façon d'ailleurs que nous faisons face à cette maladie, en famille.
___Je vous remercie tous à l'avance de votre support sans vous tous moralement ce serait plus dur, ensemble nous pouvons faire la différence!
 ___À bientôt peut-être sur une route non loin de chez-vous! En attendant voici les liens du Défibrose pour me suivre et faire un don.
___Je me permettrais d'ajouter un lien vers l'association Gregory Lermarchal qui se bat pour la même cause en France.

Au hasard de la bibliothèque...


____L'un des effets inattendus du voyage tient au fait que c'est d'abord soi-même que l'on reconnaît en creux, et que l'on y façonne, tout exotisme extérieur nous renvoyant inexorablement à notre propre différence et la travaillant. Rapprochons-nous alors un peu de cette singularité qui nous est révélée, et c'est nous  qui aussitôt devenons exotique. Ainsi, les valeurs psychologiques, promues à un rang décisif par l'usage social de la sédentarité, s'estompent pour révéler une plasticité, source inépuisable de surprises. Changeant de lieu, on change au moins autant de dispositions intérieures que de situation géographique. Ce constat ne fait au demeurant rien que nous rappeler notre aptitude souveraine à nous adapter, non seulement en apparence, mais plus encore au fond de nos gènes. Si le chevalier de la tradition se voit imposer l'obligation, initiatrice d'errance, c'est sans doute afin que sa migration, plus que les épreuves héroïques, lui apporte l'occasion de passer par les diverses et sans doute inépuisables, phases de transformation de tout lui en lui. Revenu de son tour du monde, qui est d'abord un tour de lui même, il est tout autre; c'est à dire qu'il est enfin devenu celui qui l'attendait. Un autre paysage le transformerait une nouvelle fois du tout au tout. Ainsi l'ascèse du solitaire et l'alchimie de l'aventurier finissent-elles par aboutir à des conséquences analogues. Ici par la méditation; là par le frottement perpétuel à autre chose et à autre part.
La mare, ce 6 aout 1993
 ___________________Gil JOUANARD, L'oeil de la terre, Fata Morgana, 1994